20 octobre 2016

A mon presque confrère...

T’es mon premier. Le premier que j’embarque dans l’intimité de mes consultations.
Je t’ai ouvert ma porte. J’ai accepté de soumettre mon travail à ton regard.
Et en même temps, le défi que tu représentais, j’ai eu envie de le tenter. Et pour une fois, je suis allée au bout. Je n’ai pas fui. Parce que tu vois, avec Leya, mon double virtuel, anonyme, et tous ces anonymes qui gravitent autour de moi sur Twitter, j’ai beaucoup appris. J’ai grandi. Professionnellement ET humainement. Les deux à la fois. J’ai commencé à penser autrement. Et j’ai aimé la kiné que je suis devenue. Grâce à eux. J’ai appris des choses que tu n’apprendras jamais à l’école ni dans aucun livre d’ailleurs. Des choses trop importantes pour être tues. Ni pour que je les garde rien que pour moi, même si c’est confortable de ne pas avoir à en débattre.

Je t’ai beaucoup regardé. J’avoue. Enormément. Je t’ai bouffé du regard.

J’ai tout vu. Enfin je crois.
Tout ce que j’espérais voir. Tout ce que j’espérais t’avoir transmis.

J’ai vu, presque littéralement, ton cœur battre pour le soin.

Dans notre métier, en libéral, on est toujours un peu isolés. On travaille à plusieurs mais rarement en faisant plus que nous croiser. Le couloir n’est jamais l’endroit approprié pour décharger nos doutes, nos échecs comme nos petites victoires avec les collègues, entre la carte vitale, l’ordonnance à scanner et la radio à lire. A portée d’oreille des patients en salle d’attente.

Mais toi, tout ça, je voulais que tu le voies.

J’ai plein de lacunes techniques. Je n’en fais pas mystère. D’ailleurs la technique ça m’ennuie. Il y a des choses que je ne sais pas faire, que j’essaie de faire quand même et que je rate. Ça ce n’est pas mon vieux syndrome de l’imposteur qui ressort, ni ma confiance maniaco-dépressive en plein pic dépressif. C’est une des plus grandes leçons que j’ai appris de mes copains twitto-bisounours-soignants. Dans ma médecine idéale, l’humilité a beaucoup plus de valeur que l’indéfectible certitude de la réussite. Mes compétences ont leurs limites. Ce qui était une faiblesse est devenu une force.

Je ne suis pas une masseur-kinésithérapeute parfaite (parce que dans notre métier, on n’aura jamais fini d’apprendre) mais humainement, je suis une soignante qui déchire. Simplement parce que je sais dire que je ne sais pas. Ce que plein ne savent pas faire. Si tu savais comme c’est dur parfois pour certains, ça l’a été aussi parfois pour moi. Mille fois plus que de rééduquer un mal de dos. Ce que je foire souvent.

Et pourtant, je voulais que tu le voies. Je voulais que tu comprennes ce métier, que tu le vives, un peu, comme moi je le vis. Sans filtre.

Tu as su voir mes yeux briller. Ma joie sincère quand « ça va mieux ». Tu as commencé à lire toi-même leurs regards, leurs cernes, leurs soupirs. Tu as appris presque tout seul à voir avec ton cœur, la souffrance qui prend toute la place et celle qui doucement s’estompe avec les plis sur leurs fronts, la crispation de leurs épaules, le sens du silence avant qu’ils ne racontent.

Tu t’es laissé toucher par leurs histoires, par leurs peines et leurs victoires. De ta vie à toi, de tes douleurs de gosse et tes succès de cette vie d’adulte qui commence, tu as gardé dans un coin, un œil capable de lire l’amour digne, pudique mais infini d’un aidant à son soigné et vice-versa.

Et franchement, si j’ai pu t’amener à te poser des questions à ce sujet et si tu sais voir un aidant, en deuxième année de kiné c’est que nous sommes une tutrice et un stagiaire qui déchirent. La technique pure, tu l’apprendras en temps et en heure. L’humain, tu l’as en toi, mon boulot ça aura été, tout simplement de t’aider à le mélanger au soignant que tu es en train de devenir. Cool hein ?

Je n’ai pas voulu être ta supérieure. Parce qu’avec un savant mélange de pas-confiance, humilité, réalité et petit syndrome de l’imposteur, je ne me suis jamais positionnée comme ta supérieure. Je disais « mon stagiaire » mais je nous plaçais sur la même marche. Je suis une soignante. Tu allais apprendre à l’être. Le diplôme n’y change rien. J’avais eu le temps de faire un peu plus de chemin et j’avais plein de choses à te raconter sur notre voie.

J’ai bien un peu plus de savoir qui s’est heurté et fondu à quelques années d’expériences. J’ai fait des rencontres, des patients, des histoires, des échecs, des victoires qui ont façonné ce savoir. Qui a grandi, changé, évolué, qui est revenu en arrière sur certains trucs « qu’on fait comme ça depuis toujours parce que ? » et qui reposent sur du vent. Un savoir qui s’est enrichi dans des domaines dont on ne m’avait jamais parlé. La parentalité, le burn-out parental, le dépistage des violences, les aidants, la douleur chronique, la maltraitance institutionnelle envers les soignants et de certains soignants (consciente ou non) envers les soignés.

J’voulais partager cette richesse avec toi.

La technique pure, tu baignes dedans en cours, tu n’as vraiment pas besoin de moi pour l’apprendre. Par contre, pour te faire jouer au funambule entre technique et douleur, j’étais là. La technique c’est simple, c’est linéaire, c’est carré. Un patient, c’est un tout variable, fluctuant, vivant.

Une technique qui impose parfois repos et exercices quotidiens quand en face, ton patient, avant de se reposer, doit d’abord travailler, entre deux aller-retours école-crèche-nounou-médiathèque-docteur-judo-foot-gym-équitation sans oublier le combo cuisine-bain-pyjamas-lecture-dodo.

Des corps qui voudraient du temps pour eux mais des esprits qui n’en peuvent plus d’attendre que leur vie reprenne. Des dizaines d’instants où tu sais ce qu’il faudrait faire mais tu sais aussi que ça ne collera pas avec la personne qui est en face de toi. Avec ses croyances et ses aspirations.

Alors je t’ai bouffé du regard. Et je t’ai vu naître.
J’ai vu l’alchimie, c’était presque palpable.

Tu as pu voir combien il était facile de donner des exercices à faire et combien il était rare qu’ils soient réellement faits. Autant que pour eux de trouver du temps pour les faire. Même quand tu étais sûr de leur en avoir donné le sens.

Tu as vu de la détresse à nu. Des patients que tu avais connus fiers et vaillants s’effondrer, se murer dans un silence moins pénible que les mots qui ne veulent plus sortir. Est-ce notre travail, notre envie d’y arriver ou plutôt la leur, est-ce un brin de chance aussi mais tu as pu voir quelques miracles. Des gens que nous pensions perdus et qui ont fini par remonter la pente alors que nous n’avions plus d’espoir. Je suis ravie que tu aies su mesurer le cadeau que c’est d’accompagner quelqu’un sur une bonne pente.

Je t’ai posé des tonnes de questions parfois loufoques auxquelles il n’existe jamais qu’une seule réponse, je voulais juste que tu y songes. Je t’ai posé des colles sur la distance thérapeutique, sur ce que tu as ressenti quand une dame t’as serré fort contre elle, claquant un bisou sonore sur ta joue. Ce qu’en pensais ton toi-soignant et ton toi-perso. 

Je t’ai demandé de bien regarder comment je me comportais. Tu as vu que pour certains j’avais du mal à faire autre chose que du confort quand pour d’autres – qui réclament souvent, bizarrement je massais moins. Tu m’as vue enthousiaste, motivée, investie puis démunie ou lassée parfois. Je t’ai dit « regarde comment je me comporte, dis-moi si tu vois qu’avec ce patient, le courant ne passe pas ». Tu as vu que j’étais différente. On en a causé un peu. Tu étais d’accord sur le fait que ça n’était pas une bonne chose, que nous devions traiter tous nos patients de la même manière. Et puis je t’ai confié des gens. Certains avec lesquels tu as retrouvé un allant que je n’avais plus, d’autres avec lesquels bizarrement tu t’éteignais. Ce n’était pas une bonne chose mais c’était « plus fort que toi ».

Nous étions d’accord sur « ce qu’il fallait faire » ou « comment il fallait être » et tu as compris à quel point c’était parfois dur à appliquer. Pour chaque patient, différemment pour chaque soignant. Par rapport à tes croyances, aux miennes, à notre propre seuil personnel de tolérance à la plainte de l’autre.

On s’est testés sur le « ne pas rire » quand tout ton toi, toute ta personne se dit combien un patient qui même si pour exprimer sa douleur, gémit comme dans un film qui ne passerait que tard la nuit, c’est vachement drôle. Et en même temps, à quel point tu ne peux et ne doit surtout pas rire.

Tu as senti cette dualité de l’humain et du soignant qui parfois se heurtent mais qui peuvent faire quand l’un se fond à l’autre un travail bien supérieur.

Alors oui, tu m’as posé plein de questions d’anatomie où j’ai dû prendre mon air intelligent devant le patient et te répondre au pif ou de me la péter en te disant « tiens, regardons ensemble dans le bouquin » pour que tu ne vois pas que je n’en savais fichtre rien.
D’ailleurs ça m’a un peu ennuyée que pour plein d’entre eux, tu te poses plus de questions techniques que moi qui ai plutôt l’habitude de tout entourlouper avec un massage. Promis je ferais des efforts. 

J’ai potassé des bilans pendant que tu massais pour te faire croire que je faisais toujours de super-bilans. Evidemment je t’ai rabaché sans cesse combien ils étaient essentiels alors débarquer en disant « j’sais pas faire un bilan lombalgie », ça aurait cassé mon mythe.

Du coup, avec toi, je me suis aussi posée des questions. J’ai repris des consultations là où je les avais laissées trainer et mes patients qui stagnaient ont recommencé à progresser. Et je t’ai remercié.

Je t’ai fait confiance. Pour prendre soin d’eux. Tu m’as fait confiance. Tu n’as pas eu peur de me remettre en question, peut-être parce que je n’avais pas peur que tu le fasses et que je t’ai demandé de le faire. J’ai accompagné tes premiers pas dans ce métier et tu as redressé les miens qui brinquebalaient parfois.

Alors pour tout ça.
Pour l’espoir.
Pour la richesse et la bienveillance de nos échanges.
Merci mon presque confrère.


18 septembre 2016

Toutes les femmes sont...

Elle s’appelle Virginie. En vrai pas du tout mais ici, pour vous, ça sera Virginie. Elle a 33 ans. Elle a enchaîné deux grossesses coup sur coup. Elle vient pour le petit dernier qui n’a pas 3 mois.

Elle a les cheveux courts, teints. Les yeux très noirs. Enfin très bleus et très frangés de noir. Liner, mascara etc... Elle a le teint clair des brunes aux yeux pâles, quelques tâches de rousseurs à l’effet tendre. Sa peau lisse et blanche est nuancée par une flopée de tatouages dont j’admire les traits même si les motifs ne sont pas à mon goût. Ont-ils à l’être après tout ?

Elle est grande et si elle est mince dans les chiffres autant que dans sa taille vestimentaire (36-38 max) elle est … Pulpeuse c’est un peu cliché. Comment dire. Ce qu’on voit en premier chez cette femme, ce ne sont pas les lignes fines de courbes osseuses ou articulaires comme chez les « canons » du genre « mince » mais ses muscles pleins. Ses épaules sont assez carrées, ses jambes généreusement galbées, ses bras sont épaissis par des heures de musculation. L’ensemble est harmonisé, lié par une poitrine ronde qui féminise ses épaules.
Non, je ne peux pas dire qu’elle ait l’air mince même si les chiffres le disent.

Elle a tout testé. Tous les sports. Elle est incollable sur les abdos, mais 500 par jour ce n’était pas assez. Elle a couru mais même le fractionné, ce n’était pas assez. Aujourd’hui elle a trouvé un truc complètement abominable, moi j’en fais 3 d’affilée, je meurs. Elle, elle tient 30 minutes. TOUS LES PUTAINS DE JOURS. Pendant que le petit dort. Moi ça fait trois semaines que je me suis dit que ça serait bien que j’aille à la piscine…

Hélène a 42 ans.

Elle a les épaules larges, les bras épais, un peu flasques et une petite poitrine qui déséquilibre l’ensemble.  Hélène taille du 40 en haut mais sûrement du 44 en bas. Si elle a les chevilles et les jambes fines, elle a les hanches et les cuisses larges, la peau par endroits creusée par la cellulite, le ventre un peu mou et marqué par les deux bébés qu’elle a porté. Elle est rarement maquillée. Elle a de jolis yeux verts mais de profondes cernes bleues qui les bordent. Elle ne refait pas souvent sa couleur, se coiffe peu, on aperçoit ses racines grisonnantes sur ses cheveux ternes. Elle aborde souvent quelques boucles nées sur l’oreiller qui retombent doucement sur ses épaules. Elle a un très joli sourire, des lèvres pleines mais sèches. Son visage est plus marqué par les soucis et la fatigue que par les années. Elle vit à cent à l’heure entre son boulot, ses enfants, le tai-chi, le krav-maga, la piscine et la kiné mais elle a toujours un mot pour rire.

Christine a 48 ans.  

Elle est petite, blonde, un peu bronzée. Au massage, je reconnais l’odeur caractéristique d’une crème autobronzante et les quelques traces qu’elle a laissé sur ses jambes. Elle a une coupe de cheveux moderne qui entoure bien son visage. Elle se maquille peu, mais pas grave, elle a un joli visage malgré ses joues creuses. Le bronzage de son visage est plus naturel, tanné à l’air libre, quelques taches par endroit, quelques rides, plutôt autour des yeux, plutôt des rides de sourires. Elle fait beaucoup de vélo, court un peu aussi de temps en temps.

Elle est très mince, maigre même, si on s’arrête à ses épaules osseuses, ses poignets et sa poitrine peu développée. Elle garde à la taille les stigmates de ses 4 grossesses, le ventre un peu plissé sur un haut de hanche un peu épaissi, les fesses un peu aplaties aussi. Elle a des jambes fines, de tous petits mollets, les genoux ronds, les cuisses droites.


Virginie, Hélène, Christine…

A me lire, vous vous direz peut-être que ces femmes sont ordinaires (comme je peux haïr ce mot), des femmes du quotidien, du genre qu’on croise au supermarché, à l’école, des femmes normales, avec leurs lots de défauts qui les éloignent des inaccessibles canons qu’on érige en modèle.
Pourtant…

Virginie, Hélène et Christine comptent parmi les plus belles femmes de ma patientèle. De celles que tous les hommes ou les femmes qui aiment surtout les femmes, aimeraient croiser en salle d’attente, juste pour le plaisir des yeux, ou le plaisir de se dire, que c’est possible d’être vraiment beau sans vraiment l’être sur le papier.

Virginie, Hélène et Christine sont trois femmes auxquelles je serais fière de ressembler aux mêmes stades de ma propre vie. Moi pour qui la beauté impliquait nécessairement un IMC <19, des bonnets C, des yeux clairs, des jambes parfaitement épilées, une peau veloutée, bronzée, lisse. Sans taches.
Moi qui était si sévère avec les autres et avec moi-même.

Parce que finalement toutes les femmes sont belles…

Virginie est toujours bien apprêtée, de jolies robes courtes, toujours décolletées, un peu de dentelle suggestive, toujours le vernis qui va-bien, même avec un bébé morveux-fatigué-chouinchouin sur la hanche. Des tenues dans lesquelles elle se plaît. Ça la rend belle.

Je n’ai jamais Christine vue en pantalon. Ou seulement, un pantalon très moulant avec de très hauts talons. Elle vient toujours en robe. Des robes colorées, moulantes ou fluides, souvent très décolletées sur son thorax où les côtes se dessinent, faisant concurrence à ses seins si discrets. Des robes qu’elle aime et dans lesquelles elle s’aime, ça se voit. Ça la rend belle.

A vrai dire, je crois qu’Hélène est la plus belle femme de 42 ans que j’ai jamais croisé. La première qui m’a fait réfléchir à ce que j’essaie de vous expliquer ici. Hélène est libre. Libre d’être femme. Libre de se sentir femme, sexy et de le montrer. Sans être vulgaire. Jamais. Même à 42 ans.

Visiblement, il n’y a que moi que ça déséquilibre ses petits seins sur ses larges épaules, elle, elle vient souvent avec de jolis hauts, les bras nus, des robes à bretelles sans manches, pas toujours décolletées qui effacent encore plus sa poitrine. Et pourtant, je la trouve belle quand même.
Elle a des robes sophistiqués, très travaillées, elle fait des associations de couleurs assez osées qui tranchent parfois avec ses cheveux mais après tout…

Ces trois femmes, sans être belles sur l’immonde papier des normes, des cases et des croyances, le sont pourtant. Beaucoup plus que d’autres qui y collent un peu plus à ces foutus normes. Il m’a fallu du temps pour comprendre pourquoi.

Ces trois femmes dégagent quelque chose de différent. Elles laissent derrière elle une impression unique. Une sensation de force implacable, d’assurance. Elles marchent le dos droit, les épaules en arrière, fières, la poitrine ouverte en avant.
Elles ont toutes l’air plus grandes qu’elles ne sont vraiment. Elles en imposent. Absolument femmes. Absolument sûres. Est-ce par le sentiment de liberté qu’elles inspirent ? Par leur authenticité ? Cette impression qu’elles sont pleinement elles-mêmes ?

Elles ne s’excusent pas d’être là. D’être comme elles sont.  Elles vous regardent droit dans les yeux, la tête haute. Elles ne baissent pas la tête parce qu’elles ne seraient « pas assez ceci », « pas assez cela » ou l’autre « trop comme ça». Elles se posent en égales. Absolument à leur place.

Absolument belles. 

25 août 2016

Les 4 accords toltèques - Suite et fin

Ce billet est la suite d’un extrait de texte, débuté ici (introduction, accord 1, accord 2), qui n’a pas grand-chose à voir avec la médecine mais plutôt du développement personnel, les chichis en moins. Cela dit en y regardant de plus près, vous verrez sûrement que l’application de ces accords peut être bénéfique dans nos rapports aux autres, personnels mais pourquoi pas professionnels.

Troisème accord : Ne faites pas de suppositions

 Nous faisons des suppositions sur ce que les autres font ou pensent, forts de quoi nous en faisons une affaire personnelle puis nous leur en voulons (…) et nous finissons par créer tout un drame pour rien du tout.

Comme on a peur de demander des explications, on prête des intentions à autrui, on fait des suppositions que l’on croit être vraies ; puis on défend ces suppositions et on donne tort à l’autre.

Il vaut toujours mieux poser des questions que de faire des suppositions, parce que celles-ci nous programment à souffrir.

Nous supposons généralement que notre partenaire sait ce que nous voulons ; nous croyons donc ne pas avoir besoin de lui dire. Nous pensons qu’il va faire ce que nous désirons, parce qu’il nous connaît bien. Et s’il ne le fait pas, nous nous sentons blessés et lui reprochons : Tu aurais dû le savoir.

Alors là franchement hein… 
Que celui qui ne l’a jamais fait se dénonce, j’offre un massage^^

Nous avons besoin de tout justifier, de tout expliquer, de tout comprendre, afin de nous rassurer. Peu importe que la réponse soit correcte ; le seul fait de trouver une réponse nous rassure.
Nous ne cessons de supposer, parce que nous n’avons pas le courage de poser des questions.

Si vous vous penchez sur la question, vous risquez d’être aussi surpris que moi. C’est finalement dans mon quotidien beaucoup plus fréquent que ce que j’imaginais. Parce que c’est plus simple, plus rapide de conclure sans demander l’avis du premier concerné. Parce que c’est plus discret, plus facile pour l’égo que d’oser mettre en avant qu’on n’a peut-être pas compris ou compris de travers.
Et la supposition ramène plus vite à l’affaire personnelle et la maltraitance personnelle. Supposez-vous souvent que les autres sont heureux ? Ou cherchez-vous plutôt des signes qui montreraient que ça ne va pas, forcément parce que n’étant pas assez ceci ou cela, vous n’avez pas fait ce qu’il fallait pour ? C’était ma philosophie jusque-là, vous n’imaginerez pas combien, avant d’avoir essayé, c’est délétère, c’est lourd à l’échelle du quotidien. Et combien c’est apaisant de ne plus le faire, tout le temps.

Dans le monde médical, ne cessons-nous pas de supposer la douleur de l’autre et le handicap qui en découle ? Supposer que s’il vient jusqu’au cabinet, c’est qu’il n’est pas SI mal ou que s’il appelle trois fois d’affilée c’est qu’il est exigeant ? Supposer, devant une personne inquiète de son état de santé, que c’est peut-être son inquiétude qui a posé le problème (inquiétude qui aurait réussi le tour de force d’altérer la santé sans exister AVANT que la santé ne s’altère, vous la sentez là l’embrouille ?).

Souvent, lorsque vous démarrez une relation avec quelqu’un que vous aimez, vous devez le justifier. Vous ne voyez en lui que ce que vous voulez bien voir, et vous niez l’existence d’aspects que vous n’aimez pas. Vous vous mentez à vous-même afin de vous donner raison. Puis vous faites des suppositions, l’une d’entre elle étant : mon amour va transformer cette personne. Mais ce n’est pas vrai. Si les autres se transforment c’est parce qu’ils veulent changer et non parce que vous en avez le pouvoir. Puis un incident se produit et vous vous sentez blessé. Vous voyez tout d’un coup ce que vous refusiez de voir avant, désormais amplifié par votre poison émotionnel. Il vous faut maintenant justifier votre douleur émotionnelle en rendant l’autre responsable de vos choix.

Joker. J’vais pas masser deux fois !

Essayez simplement d’imaginer le jour où vous arrêterez de prêter des intentions à votre partenaire puis à toutes les autres personnes présentes dans votre vie. Votre manière de communiquer changera complètement et vos relations ne souffriront plus de conflits engendrés par des hypothèses erronées.
Oui après tout, la vie est assez dure comme ça, pourquoi en rajouter ?

Ayez le courage de poser des questions. Utilisez votre voix pour demander ce que vous voulez. Chacun a le droit de vous dire oui ou non et inversement, vous avez toujours la possibilité de dire oui ou non.

Le jour où vous cesserez de faire des suppositions ou de prêter des intentions à autrui, vous communiquerez de façon propre et claire, libre de tout poison émotionnel, votre parole devient alors impeccable.
Et avec ça, on sauverait l’hôpital. Non ?

Quatrième accord : Faites toujours de votre mieux

Quelles que soient les circonstances, faites toujours de votre mieux, ni plus, ni moins. Mais rappelez-vous que votre mieux ne sera jamais le même d’une fois à l’autre. Les matins où vous vous réveillez frais et débordant d’énergie, votre mieux sera meilleur que lorsque vous êtes fatigué en fin de soirée. Il sera aussi différent selon que vous êtes en bonne santé ou malade, sobre ou ivre, en pleine forme et heureux ou irrité, en colère ou encore jaloux.

Lorsque vous en faites trop, vous vous videz de votre énergie et vous agissez contre vous-même avec pour conséquence qu’il vous faut d’avantage de temps pour atteindre votre but. Mais si vous faites moins que votre mieux, vous vous exposez aux frustrations, au jugement personnel, à la culpabilité et aux regrets. 

Rien que ça ! Vous n'en n'avez pas marre ? 

Peu importe que vous soyez fatigué ou malade, si vous faites toujours simplement de votre mieux, il vous est impossible de vous juger (…) de subir la culpabilité, la honte et l’autopunition.

Lorsque vous faites toujours de votre mieux, vous passez à l’action. Faire de votre mieux signifie agir parce que vous en avez envie et non parce que vous en attendez une récompense.
Lorsque vous faites de votre mieux, vous apprenez à vous accepter. En étant conscient, vous pouvez apprendre de vos erreurs. Cela signifie vous exercer, regarder honnêtement les résultats de vos actions, et continuer de vous exercer.  

C’est un point intéressant pour le quotidien mais qui pose question quand on le transpose au domaine médical. On est formés dans la honte de l’erreur, formés dans la prétention de faire partie de ceux qui savent tout et qui ne se trompent jamais. Comment un patient pourrait-il accepter que son médecin ou kiné soit moins bon à la 12ème heure de la journée qu’à la deuxième ? Et en même temps, accepterait-il d’être soigné par un robot qui n’aurait pas d’empathie ?
Comment peut-on nous, commencer à reconnaître que nous sommes faillibles quand c’est le quotidien des autres que nous essayons de soulager, quand ce n’est pas des vies que nous avons entre les mains ?

Vous n’avez pas l’impression de travailler dur en faisant de votre mieux parce que vous prenez plaisir à ce que vous faites. Vous faites de votre mieux, parce que vous le voulez et non parce qu’il le faut.

Chaque jour on se réveille avec une certaine quantité d’énergie mentale, émotionnelle et physique que l’on dépense au cours de la journée. Si nous laissons nos émotions nous vider de cette énergie, il ne nous en reste plus pour changer notre existence ou en donner aux autres.
Lorsque vous êtes en colère, rien de ce que vous voyez ne semble aller. Tout paraît faux, rien ne vous satisfait. Lorsque vous êtes triste, tout vous donne envie de pleurer.

Vous vous sentez peut-être vulnérable et vous avez besoin de vous protéger parce que vous ne savez pas à quel moment vous risquez d’être agressé. Vous ne faites plus confiance à rien ni à personne autour de vous. Cela vient du fait que vous regardez le monde avec les yeux de la peur.

Chaque être humain possède un corps émotionnel entièrement couvert de plaies infectées. Chacune suppure du poison émotionnel, provenant de toutes les émotions qui nous font souffrir telles que la haine, la colère, l’envie et la tristesse.

Il n’est pas nécessaire de continuer à souffrir. Tout d’abord, on a besoin de la vérité pour ouvrir ces plaies (…).  On doit pardonner à tous ceux qui nous ont fait du tort, non pas parce qu’ils méritent d’être pardonnés, mais parce qu’on s’aime tellement soi-même, qu’on ne veut plus continuer à payer pour les injustices passées.

Ce point me semble essentiel dans la prise en charge des victimes de violence notamment. Je n’y ai réfléchi que très récemment, suite à cette lecture et effectivement… Assumer d’être victime mais aussi d’accepter qu’on mérite mieux. Pas que les fautifs méritent notre pardon mais que nous méritons moins de souffrances. Ils ne méritent pas vraiment le pardon mais ne méritent encore moins de leur sacrifier une vie heureuse à une vie de souffrance. Facile à dire. Je sais. 

Vous saurez que vous avez pardonné à quelqu’un lorsque vous serez capable de le voir sans réagir émotionnellement. (…) Lorsque quelqu’un peut toucher l’endroit où se trouvait une plaie et que cela ne vous fait plus mal, vous savez que vous avez vraiment pardonné.

Une par une. C’est un long travail, une longue réflexion. Mais quand on sent quelques plaies se refermer, petit à petit, on réalise combien on pouvait souffrir et combien c’est bon cette baisse de la violence en soi.

La vérité est semblable à un scalpel. Elle est douloureuse, car elle ouvre toutes les plaies recouvertes par des mensonges, afin qu’on puisse vous guérir. Ces mensonges sont un dispositif de déni. (…)
Lorsqu’on est débarrassé de toute plaie, on n’a plus besoin de mentir. Le dispositif de déni n’est plus utile car un esprit sain peut être touché sans que cela fasse mal.

Imaginez vous vivre sans craindre d’être jugé par autrui. Vous n’adaptez plus votre comportement en fonction de ce que les autres peuvent penser de vous. Vous n’êtes plus responsable de l’opinion d’autrui. Vous n’avez plus besoin de contrôler quiconque, et personne ne vous contrôle plus non plus.

Imaginez-vous vivre sans juger les autres. Vous pouvez facilement leur pardonner et vous détacher de tout jugement à leur égard. Vous n’avez plus besoin d’avoir raison, ni de donner tort à autrui. Vous vous respectez vous-même, ainsi que les autres et ceux-ci vous respectent en retour.
Imaginez-vous vivre sans craindre d’aimer et de ne pas être aimé. Vous n’avez plus peur d’être rejeté, ni besoin d’être accepté. Vous pouvez dire : je t’aime, sans honte ni justification.


Imaginez que vous vous aimez tel que vous êtes. Vous aimez votre corps tel qu’il est, et vos émotions telles qu’elles sont. 

A bon entendeur. Bisous

9 août 2016

L'histoire sans fin

 Précautions d'emploi :    Aucune ressemblance possible avec une situation réelle, les données ayant été modifiées pou respecter l’anonymat de la patiente. Ou le patient. Qui sait ? Ensuite, ce que je vous livre ici n’est qu’un prisme. Le mien. Celui dans lequel j’ai vécu cette situation, avec les informations que j’ai reçues, déduites. Une partie de la réalité, ma partie à moi qui ne fait pas un tout...


Janvier

Aujourd’hui, Mme N. arrive au cabinet accompagnée de son mari. Visiblement la marche est difficile mais ça, on me l’avait dit au téléphone. Nous nous asseyons pour discuter de ce qui l’amène.
Courant septembre, elle s’est cassé la figure dans les escaliers. Une histoire bête, de vieux chaussons, un escalier fraîchement ciré… Paf. Deux vertèbres dorsales abîmées. Jusque-ici, ça aurait pu rester simple. Les pompiers, les urgences, évaluation du risque et nécessité de prise en charge chirurgicale.
Chirurgie de routine, anesthésie, réveil, hospitalisation prévue pour quelques jours. Réveil un peu dans les choux mais pas trop mal.
Et puis soudain, les frissons. La fièvre. La tête qui tourne. Pourtant le matériel chirurgical tient le coup, n’a pas l’air d’être infecté, le chirurgien dit que tout va bien. A priori rien à voir. La pneumopathie du genre costaud, celle dont on n’a pas bien compris l’origine mais qui fait débouler la cavalerie, le réanimateur et puis « vous vous rendez compte, une semaine qu’elle est restée dans le coma ».
Un mois de réa. Deux mois de convalescence. Retour à la maison, complètement sonnée, dans un environnement dont elle a l’habitude mais dans lequel elle ne peut plus rien faire comme avant. Le mois qu’elle a passé alitée a laissé, semble-t-il d’importantes séquelles fonctionnelles mais pas cognitives (intellectuelles). Les deux mois dans une structure de soins de suite proche de chez elle mais terriblement déficitaire en tout, finances, personnels, matériel, en pleine période de fêtes, n’ont pas aidé non plus.
                On sait pertinemment que certains lieux de rééducation « bas de gamme » induisent des pertes de chances. Visiblement soucieux de libérer rapidement un lit, l’hôpital n’a pas jugé bon de se battre pour que Mme N. puisse accéder à un centre à la hauteur de ses besoins immenses en rééducation. Elle a demandé un centre proche, qui avait de la place. Banco. Patate chaude. Maltraitance.
               
On lance la rééducation. On se relaye à deux pour la voir régulièrement. Le centre de convalescence a laissé un vague compte-rendu disant qu’elle commence à récupérer la marche. Pourquoi elle l’a perdue, ça, personne n’en parle. Pas même dans le compte-rendu de la réa. Elle souffre toujours beaucoup du dos. Le chirurgien dit que tout va bien, qu’elle n’a pas de raisons d’avoir mal. Maltraitance. La réa aussi dit que ça va, le centre de convalescence, que c’est pas terrible mais que ça progresse. 

La dame me demande si elle remarchera un jour.

J’ai ma petite idée du pourquoi elle ne marche pas mais ce n’est en aucun cas une certitude médicale. Je pense que ce sont les conséquences de la chute et la réanimation. La chute parce que la peur de chuter peut complètement bouleverser vos automatismes et votre capacité à – ne serait-ce que, sortir du fauteuil. La réanimation : en gros, l’alitement, la sédation, l’absence de mouvements prolongés, le tout en essayant de ne pas mourir ne sont pas de bonne augure pour les capacités fonctionnelles du patient.

Je dis qu’on verra avec le temps. Qu’il y a forcément des progrès à faire mais qu’on ne sait pas jusqu’où elle pourra récupérer. C’est sincère mais ça fait mal à dire.

Le temps s’écoule doucement. Elle fait des progrès lents mais visibles. Elle passe de deux cannes à une seule puis une canne simple sans aide extérieure. Elle marche à petits pas serrés mais elle butte moins au sol et ne se laisse plus tomber quand nous la déstabilisons même si elle ne se rattrape pas complètement.

Avril

Ils ont pris rendez-vous avec un spécialiste puisque pour eux, les difficultés de marche « viennent forcément de l’opération, elle marchait bien avant ».  Le spécialiste est un grand professeur qu’ils connaissent depuis longtemps. A une heure de route. Mais c’est un grand professeur.  « Et puis un bon ».
Il dit que les troubles de marche qui persistent sont effectivement étranges et prescrit des examens complémentaires mais aussi, une visite « pour vérifier » chez le neurologue. Il leur promet d’écrire à son ami le grand professeur en neurologie qui les convoquera pour un rendez-vous.

Juin

Le téléphone sonne. Elle est tombée violemment dans le couloir. Elle aurait buté dans un tapis. Elle s’est cassée la clavicule et a de nouveau très mal au dos. Le médecin généraliste convoqué en urgence prescrira des radios qui ne montreront rien de plus que la fracture simple de la clavicule.

Je pars en congé en lui disant qu’elle a bien progressé jusqu’ici, que je vais la laisser tranquille une petite semaine et qu’on reprendra comme avant même s’il faut que je me déplace au début.

Quand je reviens, elle a vraiment mal. Rien n’a été prescrit de plus pour la douleur. Elle a du mal à se lever parce que mal dans le dos, les côtes. Et la hanche. Je n’insiste pas. J’appelle le médecin qui prescrira une radio de hanche qui reviendra normale.

La douleur baisse à peine et la marche continue à se dégrader. Elle a du mal à se lever parce qu’elle a mal mais aussi parce qu’elle résiste. Elle met un temps infini à se pencher en avant. Elle a du mal à trouver les accoudoirs. Il faut lui répéter plusieurs fois. Le déambulateur est indispensable. Elle marche à petits pas sur la pointe des pieds et au moindre déséquilibre, s’effondre.
Le généraliste a dit d’attendre le neurologue.
Tant mieux, le service de neurologie devrait appeler bientôt.
  
Juillet

Le service de neurologie n’a toujours pas appelé. Le mari me dit qu’il rappellera le premier grand professeur dans la semaine. Ça fait un mois qu’il rappellera dans la semaine. Le généraliste a donné un autre nom mais le mari n’a pas appelé non plus parce que « maintenant qu’on s’est engagé auprès du professeur… ».

Sa femme se dégrade. C’est vraiment bizarre comme déficit. Je refais un bilan. Y a des trucs vraiment pas nets qui eux, je ne peux pas les mettre sur le dos de la réa. Encore moins de la chirurgie. A bien y réfléchir, ils étaient peut-être déjà là avant mais prise dans ma routine et mon excuse du syndrome acquis en réa, je n’ai rien vu venir.

C’est finalement une certitude. Il se passe quelque chose de plus complexe. De plus grave. Quelque chose déraille dans son cerveau et ce n’est pas une histoire de stress.

J’alerte le médecin généraliste avec un courrier d’une page entière sur ce que je retrouve dans mon bilan, qui m’inquiète terriblement. D’abord parce qu’on ne sait pas ce qui se passe, depuis combien de temps, et si c’était urgent ? Ensuite parce qu’à la maison, ça devient catastrophique. Le mari la ramasse plusieurs fois par semaine, ne peut pas la laisser seule plus d’une demi-heure. Elle ne marche pas plus de 5 mètres de façon complètement aléatoire et risquée. Elle ne peut plus aller aux toilettes seule ni s’habiller seule. Certes ce n’était pas parfait avant. Mais là c’est pire. Il faudrait l'hospitaliser le temps de comprendre. 

Le généraliste lui, ne retrouve pas les mêmes signes. D’après le couple, il a regardé mon courrier mais n’a pas eu l’air très convaincu. Il ne m’a pas appelée d’ailleurs. Je n’ai eu aucun retour sur mon courrier de sa part, juste ses propos rapportés par les patients eux-mêmes. 
Le mépris est-il une forme de maltraitance ?
Il leur a dit qu’une hospitalisation c’était pire que tout, qu’il fallait attendre le neurologue et faire plus de kiné en attendant. 5 jours sur 7. C'est sûr avec ça, elle remarchera vite fait. 

Août

Le grand professeur a enfin été vu. Il n’a pas, lui non plus, pris la peine de me répondre mais n’a pas balayé mon courrier comme un vieux chiffon. Il trouve bien quelque chose de louche mais ne s’explique pas ni pourquoi ni comment et demande des examens supplémentaires. Rendez-vous est pris pour dans deux mois avec les résultats.

Octobre

Les examens pratiqués ne sont pas les bons. Il ne peut donc rien leur proposer. Le mari lui a dit qu’il se débrouillait bien comme ça et qu’il arrivait à s’occuper encore de sa femme.
Il n’a pas dit ses traits tirés, son dos en compote. Il n’a pas dit les rides qui se creusent sur son front de voir sa chère épouse s’enfoncer sans cesse, ne plus pouvoir tenir une seule conversation cohérente, ne plus reconnaître son intérieur qui n'a pas changé depuis 20 ans. L’angoisse de l’espoir qui s’éteint. La douleur du réveil avec une femme dans son lit qu’il ne reconnaît plus vraiment.
Le grand professeur prend pourtant son cas au sérieux. Il évoque une hospitalisation (enfin !) pour investiguer tout ça. Le secrétariat les rappellera dans la semaine pour leur communiquer la date.

Novembre 

Le secrétariat rappelle. La semaine a duré un mois. Toujours pour une patiente qui se grabatérise de jour en jour et pour laquelle j’ai jugé l’hospitalisation indispensable, le tout marqué noir sur blanc dans un courrier écrit en juillet. Juillet. On est en novembre.
Mme N. est attendue pour une journée d’examens le … 18 mars. Mars. Mars.

De mars à novembre…

Je vais continuer. Oscillant entre la colère de ne pas avoir été lue, entendue, la tristesse de voir la patiente se résigner à attendre, l’angoisse devant le sentiment d’urgence qui ne me quittera pas – si on ne fait rien, elle tombera, une fois de trop, la dernière fois, faut que je la fasse hospitaliser – et finalement le déni : non mais les urgences c’est l’enfer, elle sera encore plus désorientée, maltraitée, qui sait, si j’appelle le 15 elle va atterrir à #PetitHopitalPourriLocal et ça sera encore pire.

Je ne suis pas sereine. Je ne suis pas « toute à vous ». Y’a trop de choses dans ma tête. Trop d’alarmes qui gueulent à une urgence qui n’épuise que moi et qui n’affole surtout pas les médecins. A qui j’en veux un peu de ne pas avoir tenté de me rassurer.
Je deviens maltraitante. Moi. Merde. Je vais hausser le ton. Hacher mes mots.
ON. SE. LEVE. MADAME. N. DEBOUT.
Comme si je parlais à un chien. Merde.
« Et pourquoi, ce n’est pas DEJA fait ? Depuis TOUT ce temps ? » vais-je m’entendre répondre à son mari qui me dira pour la dixième fois qu’il va écrire un mail au premier spécialiste pour qu’il secoue le deuxième.
J'ai parlé comme à un gosse. A un homme qui perd petit à petit sa femme. Merde.

Elle va se dégrader plus vite, ils me promettront d’aller aux urgences.
 Puis n’iront pas parce « qu’elle marchait un peu mieux après ».
Ils tarderont à aller chez le généraliste – que je tarde maintenant à appeler puisque visiblement, je l’emmerde, qui proposera une hospitalisation. En psychiatrie. Avec un joli courrier expliquant que Mme N. se laisse aller et que c’est surement dû à sa dépression chronique. Tiens. C’est nouveau ça.
On n’a pas dû voir la même Mme N.

Mars

Je refais un courrier. Un costaud. Avec des gros mots. Plus long. Plus alarmant.
Je le lis à Mme N. et son mari. Je leur dis ce que j’attends. Que je ne veux pas qu’elle rentre et pourquoi je ne veux pas. Evidemment elle rentrera. Ils ont vu un autre spécialiste. Ils ne savent pas s’il a oublié de se présenter ou si c’est eux qui ont oublié son nom.

Mme N. a donc fait les examens dont le professeur, qu’ils n’ont pas revu, avait besoin en Août (Oui août, on est en mars) pour poser un diagnostic et commencer à parler d’avenir. Le médecin qu’ils ont revu leur a dit que si c’était difficile, il n’y avait qu’à faire intervenir plus d’aides. Il a dit aussi qu’il n’y avait rien de particulier sur ces examens, qu’il fallait en refaire, voir un autre spécialiste et que le secrétariat les rappellerait...
Normalement c’est là qu’on rigole. Ou pas.

Avril

Le secrétariat a rappelé. Le rendez-vous pour l’examen est pris pour ce mois-ci. Alléluia. Avec le spécialiste du spécialiste, pour juin. Fallait pas déconner.

Mai

L’examen supplémentaire est fait. Ils n’ont pas vu de médecin. Ils n’ont pas de compte rendu de cet examen. Ils attendent le rendez-vous avec le spécialiste du spécialiste. Sagement.  

Et puis surprise. Le compte-rendu de la journée d’hospitalisation de Mars vient d’arriver. Le jour où on leur a dit qu’il n’y avait rien de spécial sur les examens.  Enfin c’est ce qu’ils ont compris eux.  
J’ai été médisante. Y’a un bilan neuro du feu de dieu. Y’avait surement un super externe super méticuleux.

« Tenez, j’ai reçu ça mais c’est plein de termes techniques, vous allez peut-être pouvoir m’expliquer… »

Le compte-rendu, tapé a posteriori a donc été envoyé, sans qu’on se soucie, parce que c’est le système, de savoir si oui ou non, le contenu avait été évoqué avec la patiente et son aidant. Sans qu’on se soucie non plus de qui allait devoir feinter l’explication la plus dure au monde.

« Très probable syndrome démentiel truc-muche avec altération cognitive sévère et troubles ataxo-apraxo-néglégo-machingo-aphasiques. ». Un très bon externe. 

Comment vous expliquer, nous qui travaillons ensemble, qui attendons ensemble ce diagnostic depuis plus d’un an, chaque jour de ce délai n’étant justifié que par une succession d’erreurs, de méprise, de blocages administratifs, un délai totalement injustifié médicalement parlant…
Un délai maltraitant ?

Comment vous dire que pour eux, il n’y a plus grand-chose à faire ? Que ce n’est pas le syndrome traitable (parfois) auquel je pensais et que je vous vendais pour vous pousser à consulter mais quelque chose de tellement plus complexe...

Comment vous dire Monsieur, que votre femme ne sera plus jamais celle que vous avez connue, plus jamais la même épouse, la même mère, la même grand-mère, celle qui attend patiemment de pouvoir remarcher pour garder à nouveau ses petites-filles ?

Et si j’avais tapé du poing sur la table chaque fois que j’ai senti que ça n’allait pas ?
Si je m’étais plus respectée, si j’avais un peu moins respecté les titres, aurais-je pu faire accélérer la prise en charge de Mme N. ?

Et si…
Cela aurait-il changé quelque chose ?


6 juillet 2016

Accord Toltèque N°2 : N'en faites jamais une affaire personnelle

Quoiqu'il arrive. 

L'introduction c'est ici 
Le premier accord : avoir une parole impeccable, c'est par là 

Si je vous vois dans la rue et que je vous dis « Hé, espère d’idiot ! » sans même vous connaître, ce que je dis ne vous concerne pas ; cela me concerne moi. Si vous en faites une affaire personnelle, vous allez peut-être croire que vous êtes idiot. Peut-être même vous demanderez-vous : Comment a-t-il deviné ? Est-il clairvoyant, ou est-ce que tout le monde voit à quel point je suis idiot ?
Vous faites une affaire personnelle de ce qui vous est dit parce que vous y donnez votre accord.

Ce n'est plus la réalité ou la vérité qui ont fini par compter mais le crédit qu'on donne aux mots d'inconnus ou de gens qui n'ont parfois aucune importance dans nos vies. Le pli qu'on a pris de croire autrui parce que "l'autre est toujours mieux que moi" si sombre con soit-il. Toutes ces rengaines à base de "je ne suis pas assez ceci, cela" qu'on se répète sans cesse sont autant de perches tendues à qui voudrait nous faire mal. "Je le savais que j'étais nulle". A tel point qu'on oublie de se demander s celui qui émet cet avis est réellement en capacité/en droit de juger. 

Au cours de notre éducation, de notre domestication (conformisation au système de croyance pré-établi), nous apprenons à tout prendre pour soi. Nous pensons être responsable de tout.
Vous n’êtes aucunement responsable de ce que les autres font

Même lorsque vous vous faites insulter, cela n’a rien à voir avec vous. Ce que les gens disent, ce qu’ils font et les opinions qu’ils émettent dépendent seulement des accords qu’ils ont conclu dans leur propre esprit.

Si quelqu’un vous donne son opinion en disant « Qu’est ce que tu as l’air gros ! » n’en faites pas une affaire personnelle parce qu’en vérité, cette personne est confrontée à ses propres sentiments, croyances et opinions. Elle essaie de vous envoyer du poison et si vous en faites une affaire personnelle alors vous le recevez et vous vous l’appropriez. (…) Vous devenez une proie facile pour tous les prédateurs.

On pourrait remplacer le "gros" à l'infini, par toutes les caractéristiques physiques ou non dont vous pourriez douter chez vous et dont l'étalon peut-être différent chez chacun d'entre nous puisque chacun  a son propre système de croyance. Je suis sûre que l'image du "gros" qui vous est venue en tête n'est pas la même que la mienne ou que celle du twitto d'à côté. 
Aussi vrai qu'il suffit qu'une personne vous trouve beau pour vous rendre heureux même si dans le référentiel de tous les autres ce n'était pas le cas. 
Aussi vrai qu'on peut être très intelligent dans son domaine d'étude mais se retrouver complètement bête devant le rayon shampooings du supermarché ou à côté de la plaque pour réconforter un ami. Et vice-versa. Pourquoi croire l'avis de quelqu'un dont vous ne connaissez pas l'échelle sur laquelle il vous juge ? Pourquoi le laisser nous blesser par rapport à SES propres critères s'ils ne sont pas les nôtres ?

L’immunité au poison, en plein enfer, est le cadeau que vous offre (que vous vous offrirez) avec cet accord. Lorsque vous faites une affaire personnelle de ce qui vous arrive, vous vous sentez offensé et votre réaction consiste à défendre vos croyances ce qui provoque des conflits.

Vous pouvez me dire : Miguel (Ruiz. L’auteur), ce que tu dis me blesse. Mais ce n’est pas ce que je vous dis qui vous blesse : ce sont vos propres plaies intérieures qui réagissent lorsqu’elles sont touchées par mes propos. Vous vous blessez vous-même.

Grâce à twitter et tous ces parents qui s’y posent des milliers de questions, qui m’en font poser à mon tour, vous pourriez me dire ce que vous voulez sur ma façon de regarder grandir mon beau-fils et l’accompagner au mieux, cela ne me blessera pas. Je sais la valeur de ce qu’on lui apporte. Je ne suis pas parfaite mais je fais de mon mieux, je me plie le cerveau en 4 et il est heureux. J’aime la façon dont j’investis ce rôle. Vous ne me ferez pas douter de ce que JE vaux mais seulement de la quantité de richesse que je lui apporte. Vous ne pourrez que m'enrichir. 

Depuis ce livre, je ne suis plus blessée par ce qui peut se passer sur la route. Moi qui ai eu du mal avec la conduite dès le début et pendant des années. Chaque signe d’impatience, chaque geste mal placé me blessait. Il ravivait cette plaie intérieur du sentiment de handicap à ne pas conduire « comme les autres », du besoin de me fondre dans la masse et pourquoi MOI je n’y arrive pas. D’être nulle.
Aujourd’hui, je n'ai pas changé grand chose et pourtant je suis fière de ma façon de conduire. J’aime la conductrice que je suis. Je suis cohérente avec les valeurs qui m’importent sur la route. Je respecte les règles, je montre à mon petit combien elles sont essentielles. « Bah tu sais Leyaaa, untel il téléphone quand il conduit LUI » (kill me now) Je ne lui montre pas qu’on peut les outrepasser pour son plaisir personnel parce que ce n’est pas ce que je veux lui transmettre. Ma famille est en sécurité quand je suis au volant. Je suis paisible et mesurée. Faites les gestes que vous voudrez ils ne m’atteignent plus. J’ai une parole impeccable, basée sur la vérité et les idées qui me sont chères. Je conduis mieux que vous.

Je ne suis pas sûre par contre de tenir aussi bien face à un reproche sur ma qualité de femme, d’épouse ou de sœur par exemple. Chaque jour son combat.

Je suis votre prétexte pour vous mettre en colère. Et cette colère est provoquée par votre peur. Si vous n’avez pas peur, il n’est pas possible d’être irrité contre moi (…) que vous me haïssiez. Si vous n’avez pas peur vous ne serez pas jaloux ou triste. SI vous vivez sans peur, si vous aimez, ces émotions n’ont aucune place en vous. (…) Il est logique que vous vous sentiez bien. Et quand tout ce qui vous entoure est bien, tout vous rend heureux. Parce que vous vous appréciez tel que vous êtes. Parce que vous êtes content de votre vie.

Lorsqu’on voit vraiment comment sont les gens, sans jamais réagir de façon personnelle, rien de ce qu’ils peuvent dire ou faire ne peut nous blesser. Même si l’on vous ment, cela ne fait rien. Celui qui agit ainsi le fait parce qu’il a peur.  Peur que vous découvriez qu’il n’est pas parfait. C’est douloureux de retirer son masque social.

Et toc. Pif. Paf. Poum. Qu'est ce que je disais hier ? Quand j'ai commencé à détricoter tout ça, j'ai douloureusement compris qu'à force d'endosser sans cesse les masques qui comme je le supposais, me rapporterais le plus d'amour et d'attention, je n'étais plus vraiment quelqu'un tout au fond. Je n'étais que celle qui plairait à mon avis et qui changeait en fonction des attentes supposées de l'interlocuteur. Pas d'unité. Pas de fil conducteur. Un masque. Plein de masques. Cette vie de mensonges (pour lesquels je culpabilisais du coup sinon c'est trop simple) n'avait pas pour but de blesser qui que ce soit.

Votre colère, votre jalousie et votre envie disparaîtront, et même votre tristesse s’en ira si vous ne prenez rien personnellement…

C'est vrai. Vrai quand je conduis, vrai quand je regarde des gens s'écharper sur l'éducation. Plus de poison, plus de sentiments négatifs. Du factuel. De la sérénité. Si vous saviez comme c'est reposant et combien je vous le souhaite... 


Si vous respectez cet accord, personne ne peut vous blesser. Vous pouvez dire je t’aime sans crainte du ridicule ou du rejet. Vous pouvez demander ce dont vous avez besoin. Vous pouvez dire oui ou non selon ce que vous choisissez, sans culpabilité ni jugement de soi. Vous pouvez choisir de toujours suivre votre cœur...

5 juillet 2016

Les 4 accords Toltèques : Ayez une parole impeccable

L'introduction. Le pourquoi on en est arrivé là et pourquoi ces billets, c'était hier et c'est juste ici


Impeccable. A chaque fois, ce mot me fait sourire. Je pense soit à une petite blondinette, col claudine et anglaises impeccables ou les meubles de ces intérieurs trop propres d’une netteté impeccable (ce qui n’arrivera jamais chez moi et quand bien même je râle sans cesse sur le bordel, j’en suis ravie).

Pourquoi faire attention à votre parole ?
Votre parole est votre pouvoir créateur.
Quelle que soit votre façon de parler, votre intention se manifeste par la parole. Ce dont vous rêvez, ce que vous sentez et qui vous êtes vraiment.
C’est une force. Elle représente votre capacité à vous exprimer (…) et donc créer les évènements de votre vie.  L’un de ses tranchant est son mauvais usage qui peut concrétiser l’enfer, l’autre est son usage impeccable qui crée la beauté, l’amour (pfiouh) et le paradis sur terre (rien que ça !).

J’avais oublié de préciser que c’était un peu mièvre parfois, vous avez bien vos granules de nux vomica 5CH sur vous en cas de nausée ?

L’esprit humain est semblable à une terre fertile dans laquelle des graines sont continuellement semées : des opinions, des idées, des concepts. (…) La parole est une graine.

Quelqu’un exprime une opinion « Regarde cette fille comme elle est moche ! ». La fille en question entend cela, croit qu’elle est laide et grandit avec l’idée qu’elle n’est pas belle. Peu importe qu’elle le soit ou non. Si elle est d’accord avec cette opinion, elle croira qu’elle est laide.

Idem un peu plus loin avec un exemple tout aussi parlant que je vous résume plutôt que de le copier.

Si je crois que je suis stupide, à chaque fois que je vais faire quelque chose qui ne me satisfait pas ou faire une erreur, je vais penser « si j’étais intelligent, je n’aurais pas fait ça, je suis vraiment stupide ».
Ça veut dire qu’à chaque fois, je vais enfoncer, encore et encore le couteau dans la plaie, continuer à croire, me persuader de plus en plus que je suis vraiment stupide.
Ce qui marche aussi bien en remplaçant « stupide » par « bon parent », « bon conjoint », « vrai(e) ami(e) »… Attention si vous faites l’essai ça fait un peu mal.

Avec un tel cercle vicieux de croyances qui s’auto-alimentent, le jour où enfin quelqu’un pourra/voudra montrer qu’on n’est pas nul/stupide/moche, quels efforts devra-t-il déployer pour daigne le croire ?

Le mot impeccable vient du latin (…) signifie donc sans péché.
Un péché est quelque chose que vous commettez contre vous-même.
Etre impeccable c’est donc ne rien faire contre soi-même. Lorsque vous êtes impeccables, vous assumez la responsabilité de vos actions mais vous ne vous jugez pas, vous ne vous critiquez pas.

Pour que notre parole soit impeccable, il ne faut donc pas l’utiliser contre soi.  Si je vous aperçois dans la rue et que je vous traite d’imbécile, il semble que je me serve de la parole contre vous. Mais en réalité je l’utilise contre moi car vous allez me détester et votre haine ne me fera aucun bien. Donc si je me mets en colère et que je vous envoie mon poison émotionnel par la parole, je l’utilise contre moi-mêmeSi je m’aime, j’exprimerai mon amour dans mes interactions avec vous (…) vous m’aimerez en retour.

L’utilisation négative de la parole maintient les uns et les autres au fond du gouffre, dans un état de peur et de doute.

Prenons l’exemple cette femme intelligente et dotée d’un bon cœur. Elle avait une fille qu’elle adorait. Un soir, elle est rentrée chez elle après une très mauvaise journée de travail, fatiguée, remplie de tensions émotionnelles avec un mal de tête abominable. Elle souhaitait un peu de paix et de calme mais sa fille chantait et sautait joyeusement. Celle-ci ne se rendait pas compte de l’état dans lequel était sa mère ; elle jouait dans son propre monde, son propre rêve. Elle se sentait bien, elle sautait et chantait de plus en plus fort, exprimant toute sa joie et son amour. Elle chantait si fort qu’elle aggrava le mal de tête de sa mère qui, au bout d’un moment perdit le contrôle. En colère, elle regarda son adorable fille et lui dit : Tais-toi, tu as une voix horrible. Peux-tu simplement te taire ?
En réalité c’est la tolérance de cette femme envers le moindre bruit qui était réduite à néant et non la voix de sa petite fille qui était horrible. Mais cette dernière a cru ce que sa mère lui avait dit et à cet instant, elle a conclu un accord avec elle-même. Après cet incident, elle n’a plus jamais chanté, car elle croyait que sa voix était horrible et qu’elle dérangeait quiconque l’entendrait. (…)
Tout changea dans la vie de cette petite fille à cause de ce nouvel accord : elle crut qu’elle devait réprimer ses émotions afin d’être acceptée et aimée.

Ça me rappelle une gamine qui n’a plus osé sourire sincèrement, rire franchement après s’être pris  l’un de ses premiers râteaux pour ses « trop grandes dents ». La même gamine qui dix ans après ne voulait pas se marier parce que si elle souriait aussi sincèrement qu’elle était heureuse elle se trouverait affreuse. Et que s’il y a un jour dans sa vie où elle ne supporterait pas de se trouver affreuse, c’était bien celui-ci.  

Dans le pack « trop grandes dents » il y avait un certain « trop intello ». Si vous vous rappelez du billet d’hier et des masques qu’on met pour plaire à autrui, je vous laisse imaginer le casse-tête de cette même gamine, lorsqu’elle a réalisé que ce qu’elle pensait être son seul atout (qui marchait si bien auprès des adultes) n’en était pas un aux yeux des autres du même âge.
Paf, paf et re-paf. C’était juste un petit con hein. C’était juste une phrase en l’air.
Et ça a été 10 ans de ma vie à contrôler chaque sourire, chaque émotion positive parce que « je suis moche quand je suis heureuse ». Et paf. Pour un petit con. Merde.

J’vous rassure, je me suis quand même mariée, avec toutes mes dents et je me suis, sincèrement, trouvée belle. Et toc.  

[Entracte mouchoirs]

Si nous concluons ce premier accord et que notre parole devient impeccable, nous éliminerons progressivement tout poison émotionnel de notre esprit et de nos relations personnes.
Avoir une parole impeccable vous immunisera également contre toutes les paroles négatives d’autrui. Vous ne pouvez recevoir une idée négative que si votre esprit y est ouvert. Votre esprit deviendra stérile pour les paroles issues de la magie noire (= négatives/chargées de poison émotionnel) et deviendra fertile pour celles issues de l’amour.

L’intensité de votre amour-propre et les sentiments que vous nourrissez envers vous sont directement proportionnels à la qualité et à l’intégrité de votre parole. Lorsque celle-ci est impeccable, vous vous sentez bien. Vous êtes heureux et en paix.

C’est pas tentant tout ça ?

Comprendre ce premier accord a été mon point de départ. Le début de quelque chose de nouveau. Comme une porte qui s’ouvre enfin vers un monde beaucoup plus doux et beaucoup plus vaste. Un peu dur au départ de voir à quel point je me suis fait du mal, depuis tout ce temps, à cause de paroles anodines qui avaient finalement une puissance follement dévastatrice. Je crois que j’ai eu pitié de cette pauvre petite chose piétinée que ces croyances avaient fait de moi. J’ai pas tout arrêté du jour au lendemain hein. Juste un peu moins au début, un peu moins souvent, un peu moins sévère. Mes yeux dans le rétroviseur, y sont pas si moches en fait. Un peu moins de jugements, un peu plus de faits. Oui la mâchoire c’est pas trop ça de profil mais de face, c’est pas hideux.

Oui j’ai toujours pas beaucoup de nichons. Mais maintenant je peux enlever les coussinets de mes soutien-gorges sans avoir mal au coeur (t’as pas de seins t’es pas une femme voyons).Et j’ai un cul d’enfer. Et j’ai été une putain de magnifique mariée. Et je ne suis pas prétentieuse pour autant.
(Si vous retrouvez le billet qui dit qu'une femme doit pouvoir se trouver jolie sans qu'on la taxe de prétentieuse, je prends...)

Moins de haine, un début d’amour. Une prise de conscience de la puissance des mots. Oui les gens sont ternes ici, aigris, grincheux, peu importe moi je n’ai plus envie de l’être et si je veux en calculant un peu, je peux adoucir leurs heures.
« Vous avez été efficace, merci ».
« Vous faites votre travail avec le sourire, j’apprécie ».
Vérité. Tendresse. C’est mièvre peut-être mais essayez. De dire sincèrement merci avec de l’amour dans vos yeux et dans votre cœur. La réaction de l’autre et le plaisir que vous en retirerez ne vous décevrons  pas, c’est même drôle parfois de voir leur surprise (OMG une fille sympa, mais ça existe ??). Vous donnez un peu d’amour, vous en recevez. Cqfd.

Ça marche du tonnerre dans le boulot. Essayez la bonne dose d’amour avec le secrétariat téléphonique revêche d’un grand CHU parisien. La personne sera tellement surprise de ce retour inédit qu’elle fera son boulot bien mieux que ce à quoi vous vous attendiez. Quel soignant n’a pas eu envie de continuer à bien faire son travail après un mot de remerciement pour une prise en charge, une collaboration efficace, des nouvelles du patient…? (Et d’abandonner après une énième agression verbale ? ceci étant un autre débat).

Plus d’amour, moins de haine. Dans la gestion des conflits, l’interaction avec les autres au quotidien, ça m’a beaucoup aidée. Je vis les mêmes choses mais je les vis différemment. Le type qui conduit comme un pied devant moi ne génère plus aucune émotion négative. J’adapte ma conduite, j’observe. Soit il est paumé, n’aime pas conduire, s’engueule avec son voisin et dans ce cas je compatis. Soit il conduit comme un kéké parce qu’il en est un, qu’il choisit de prendre des risques parce qu’il ne vole pas assez haut pour comprendre combien une bagnole c’est dangereux et dans ce cas-là, il ne mérite pas que je gaspille mon énergie à me mettre en colère contre lui. Je nous mets moi et ma famille en sécurité et basta.

Bon j’vous dirai si accrochage il y a si j’arrive à être aussi zen. Si c’est le cas, j’vous paye l’apéro.

Un peu pareil pour mon dernier fait de haut rang. Demander au type qui se bourre la gueule à la bière pas chère dans sa caisse, radio à fond sur les places de stationnement DEVANT notre porte ( à 100 gros mètres de son entrée de parking à lui) d’aller le faire plus loin. J’y suis allée seule. Partie en colère, je me suis arrêtée. J’ai chassé la colère. Il n’y a que la vérité qui compte. Il y a des petits chez nous, des poussettes et des courses à sortir, ces places, ça nous arrange de pouvoir nous y mettre alors (tenez-vous bien) « ça serait agréable de votre part d’utiliser les places libres un peu plus loin pour les familles qui vivent ici ». Sous vos applaudissements, Leya, mot pour mot, très en colère. ET BAH IL L’A FAIT. Et il ne s’y est plus garé depuis des mois. J’ai du mal à y croire parce que (re-tenez vous bien), je ne peux pas être assez importante pour qu’on m’écoute ou qu’on veuille accéder à mes demandes. Long way to go.

N’empêche que depuis que j’ai lu ce truc, si chaque jour suffit toujours à sa peine, le bocal de poison émotionnel s’est vidé. Pas complètement. Mais de beaucoup. Matériellement ma vie est la même sauf que avec moins de haine, de colère et plus d’amour qui transite chaque jour, j’vous jure, c’est diablement doux et reposant.

Bon, pour l’extérieur ça va mieux mais rassurez-vous, je suis toujours une mégère à la maison. J’aime aussi fort que je râle, y a encore du travail... 

4 juillet 2016

Les 4 accords Toltèques - Introduction

Critique de texte. Objective ou presque
Don Miguel Ruiz. Les quatre accords toltèques. Les voies de la liberté personnelle. Ed Poches Jouvence. 6,60€ ! (Liberté, pas chère, pas chère).


Fallait que je vous en parle.
Ce n’est pas vraiment une histoire de soin, j’en ai plein à raconter mais les mots bloquent entre ma gorge et mon clavier, les articles s’allongent, sans queue ni tête, je vous y perdrai je pense.

Et puis en matière de soin, il y a eu cette petite pépite, dont la lecture à cent à l’heure a enclenché quelque chose en moi qui est en train de tout changer. Ce n’est pas une histoire de soignants, c’est une histoire d’être humain. Une petite méthode avec des mots simples qui renverse les codes avec lesquels je fonctionnais depuis toujours, ceux peut-être avec lesquels vous fonctionnez aussi.
Vous verrez comme ils peuvent nous faire mal. Pour rien.

Identifier ces foutus codes, les renverser, faire la révolution, pas avec les autres mais avec soi-même pour adoucir son regard sur soi. Pour remettre l’amour avant la haine. C’est pas un beau programme ça ? Ces mots je les trouve terriblement justes. J’avais envie de les partager avec vous.

Si vous êtes toujours avec moi, venez, je vous embarque dans mes morceaux choisis…

Introduction : Comment en est-on arrivé là ?

La construction de nos croyances

Les adultes qui nous entouraient lorsque nous étions enfant, ont donc capté notre attention et introduit des informations dans nos esprits par la répétition (…) comment nous comporter en société : que croire, ne pas croire, ce qui est acceptable, ce qui ne l’est pas, ce qui est bon et ce qui est mauvais… 

Enfants, nous n’avons pas eu la possibilité de choisir nos croyances mais nous avons donné notre accord à l’information qui nous était transmise sur le rêve de la planète (règles de la société, croyances, lois, religions, différentes cultures et modes de vies, gouvernements…). Du moment que nous sommes d’accords, nous croyons. Voilà comment on apprend quand on est enfant. Nous croyons ce que les adultes nous disent. Nous sommes d’accord avec eux. (…) Il en résulte une soumission aux croyances avec notre accord .

Respecter ces croyances pour ne pas être rejeté

Bientôt nous avons commencé à avoir peur d’être puni ou de ne pas recevoir de récompense, celle-ci consistant à obtenir l’attention de nos parents ou d’autres personnes. (…)
Comme elle (l’attention) nous faisait du bien, nous avons continué à faire ce que les autres attendaient de nous pour l’obtenir. Nous nous sommes mis à prétendre être qui nous n’étions pas, juste pour faire plaisir aux autres, juste pour paraître assez bien à leurs yeux. 
Nous prétendions être autre que nous n’étions par peur d’être rejetés.

Je ne sais pas pour vous mais de mon côté, gamine surdouée toujours socialement à côté de ses pompes avec les enfants de son âge, c'est exactement ce qui s'est passé. Exacerbé ou non par le potentiel intellectuel, il m'a fallu très longtemps et un début de thérapie à 25 ans pour commencer à comprendre que je n'étais jamais moi, toujours avec le masque celle que je pensais, je supposais, je croyais qu'on aimerait le plus. 

Au final comme il l'explique assez bien ces croyances erronées nous servent, sans cesse, à juger nos actions, quitte à nous punir injustement pour elles.

Ce système de croyance est comme un Livre de la loi à l’aune duquel notre esprit jugera tout ce que nous faisons, pensons, ressentons et nous déclarera coupable à chaque digression. Plusieurs fois par jour, tous les jours. Coupable.

La vraie justice consiste à ne payer qu’une seule fois pour chaque erreur. La vraie injustice consiste à payer plus d’une fois pour chacune. (…). Nous commettons une erreur, nous nous jugeons, nous nous déclarons coupables et nous nous punissons. (…) A chaque fois que nous y repensons, nous nous jugeons, culpabilisons, punissons à nouveau. (…). Encore. Et encore.
Est-ce juste ?  

Non ce n’est pas juste si l'on se réfère à sa définition. Une erreur, des milliers de rappels, de punitions chaque fois aussi douloureuses pour une seule erreur, nous qui en faisons sans cesse. Peut-on vivre en passant sa vie à se reprocher où à ce qu'on nous reproche sans cesse nos erreurs ? Suis-je ainsi ? La vie n'en devient-elle pas un enfer si l'on fonctionne de cette manière ? 

Si je ne cesse de me juger, culpabiliser, me punir pour mes erreurs, comment puis-je avoir la moindre estime de moi ?

Etre simplement soi-même, voilà ce que nous redoutons le plus.
Nous avons appris à vivre en nous efforçant de satisfaire les besoins d’autrui, à vivre en fonction du point de vue des autres, de peur de ne pas être accepté et de ne pas être assez bien à leurs yeux.

On crée une image de ce que l’on devrait être pour être accepté par tout le monde. (…) On construit cette image de perfection à laquelle il est impossible de se conformer.
N’étant pas parfait, nous nous rejetons.
Nous sommes incapables de nous pardonner de ne pas être tels que nous le souhaitons ou que nous croyons devoir être. Nous ne nous pardonnons pas de ne pas être parfaits.

Nous allons jusqu’à nous déshonorer, simplement pour plaire à autrui...

Qu'est-ce que je disais ? Le pré est toujours plus vert ailleurs, l'autre toujours plus belle, toujours plus drôle, toujours plus intelligente, toujours plus semblable à cette perfection que j'ai cru/voulu atteindre toute ma vie avant de comprendre que si j'attendais de l'avoir atteinte, je mourrais avant d'avoir été contente de moi. Toujours plus juge, toujours plus dure, toujours plus coupable et jamais assez parfaite. Suis-je née pour passer ma vie à me faire des reproches ? 

Au cours de toute votre existence, personne ne vous a jamais davantage maltraité que vous-même. Si vous vous maltraitez terriblement, vous pouvez même supporter qqn qui vous bat, qui vous humilie, qui vous traite comme moins que rien. Pourquoi ? Parce que, dans votre système de croyance, ivous vous dites «  je le mérite. Je ne suis pas digne d’amour et de respect, je ne suis pas assez bon(ne) ».

Peut-être vite évoqué mais essentiel, moi qui commence à parler à mes patients de prévention/info sur les violences conjugales ou autres, comment se lever contre quand on ne s'estime pas assez bien pour mériter d'en sortir ? On parle de violences. Bordel. 

On a besoin d’être accepté et aimé par autrui mais on est incapable de s’accepter et de s’aimer soi-même. Plus on a d’amour-propre, moins on se maltraite.

Comprendre nos accords et nos croyances, les démêler pour nous permettre de sortir de ces montagnes d'auto-flagellation/auto-maltraitance ? 

Vous avez conclu des milliers d’accords (…), mais les plus importants sont ceux que vous avez passé avec vous-même. Avec eux, vous vous dites qui vous êtes, ce que vous sentez, ce que vous croyez et comment vous comporter. (…) Il y a des choses que je peux faire. D’autres non…

Nous avons tout juste assez d’énergie pour survivre chaque jour, car presque tout notre pouvoir sert à respecter les accords (du système de croyance) qui nous maintiennent dans le rêve de la planète.

Si nous sommes capables de voir que ces accords dirigent notre existence et que nous n’aimons pas le rêve de notre vie, alors il nous faut changer ces accords. 

Le but de cet ouvrage est donc de présenter 4 accords dits fondateurs dans la pensée toltèque (je vous laisse googler c'est assez vaste) qui sont censés permettre de désamorcer ce système de croyance erroné à partir duquel nous nous faisons du mal : 
- Avoir une parole impeccable
- Ne jamais en faire une affaire personnelle 
- Ne pas faire de suppositions
- Faire de son mieux

Vous verrez, ils sont simples et ils changent tout. 
A bientôt pour la suite.