4 janvier 2018

Quand la douleur parle... Ou pas.


Je me targue de donner de l’importance à leur douleur, à leur ressenti. C’est le cœur de mon travail, de faire évoluer leur plainte initiale, c’est un des seuls critères qui me permettent d’évaluer mon efficacité et la pertinence des soins que je propose. On parle de plus en plus de l’importance, des mots choisis par le thérapeute, de leur effet potentiellement néfaste sur la douleur. Alors l’entendre est essentiel, primordial sauf que… Et bien parfois, ça ne veut pas.

Je ne choisis pas bien mes mots sûrement, eux-mêmes peut-être n’ont pas été assez guidés sur l’écoute de leurs ressentis. Alors j’essaie de changer mes phrases, de les enrichir, d’en adapter la tournure mais…
Quand ça ne veut, pas, ben, ça veut pas :



-          Bonjour, comment allez-vous ?
-          Mais très bien, je vous remercie…
-          Quelle bonne nouvelle, moi qui pensais que je n’arriverai pas à vous soulager !
-         … Enfin sauf mon épaule, j’ai toujours mal, toujours pareil quoi.  


-          Bonjour, comment vont vos cervicales aujourd’hui ?
-          C’est sensible.
-          Qu’entendez-vous par sensible ?
-          Bah je le sens.
-          Vous avez mal ?
-      Non pas vraiment mais c’est sensible.
-          Le jour, la nuit ?
-          Tout le temps.
-          Allez-vous mieux depuis que nous avons commencé les soins ?
-          Ah ça oui. Je n’ai plus mal. Mais ça reste sensible. Parfois.
-          La séance précédente vous a-t-elle soulagée ?
-          Ah oui, c’est mieux qu’au tout début mais je le sens quand même. Bon avec ce temps, nous ne sommes pas aidés !



-          Bonjour, comment va votre douleur d'épaule depuis la dernière fois ?
-          Bof. J’ai mal quoi.
-          Où avez-vous mal ?
-          Bah le dos. Puis l’épaule. Là. Puis là. Et quand je fais ça.
-          Donc ce qu’on a fait la fois précédente ne vous a pas soulagé ?
-          Ah si, je n’avais plus mal jusqu’à hier mais alors plus mal du tout. Et puis, bon, hier j’ai fait du bricolage, un peu de menuiserie, j’ai scié des planches, j’ai fixé des étagères sous l’évier donc là, ça me tire dans le dos, les épaules, faut dire que j’étais un peu tordu toute la journée, je n’ai pas arrêté.
-          On pourrait dire que ce sont des courbatures donc ?
-          Ah oui, on pourrait.  


-          Bonjour, votre douleur du tendon d’Achille s’est-elle améliorée depuis notre dernière consultation ?
-          Bof, ça me chatouille.
-          Au repos, à l’activité ?
-          Après l’effort. Mouais ce n’est pas terrible ces temps-ci.
-          Vous diriez que ça régresse ?
-          Oui plutôt.
-          Quels sont les efforts qui réveillent la douleur ?
-          Quand je cours plus de deux heures.
-          Si je me souviens bien, au début des soins, vous aviez mal pour des efforts de moins de 15 minutes, ça me semble plutôt une bonne nouvelle que vous puissiez courir deux heures avant de ressentir la douleur ?
-          Oui… PEUT-ETRE.
-          Allez-vous mieux qu’au début de la prise en charge ?
-          Ah oui, complètement, je n’ai plus mal pratiquement d’ailleurs. Ça me chatouille mais ça ne me fait pas mal. Je cours 3 à 4h par semaine c’est pas mal.
-          D’où pourrait venir ce sentiment de régression ?
-          Bah quand je ne courais plus, je n’avais plus mal du tout, là si je force j’ai mal.
-          Faites-vous les exercices que je vous ai conseillés pour améliorer votre tolérance à l’effort ?
-          Non.


-          Bonjour, votre douleur a-t-elle évoluée depuis notre dernière séance ?
-          Oh bah j’ai mal mais vous savez, je ne m’écoute pas trop hein, je suis dur(e) au mal moi.
-          Avez-vous plus mal, moins mal qu’avant la séance précédente ?
-          C’était quand déjà ? Avant-hier ? Oh LA LA mais je sais plus moi, si vous croyez que je me souviens de ça ?
-          Avez-vous mal ?
-          Oh je ne sais pas, c’est plutôt une gène, par-là, mais pas tout le temps enfin vous voyez quoi et puis on m’a dit que c’était long de toute façon alors…



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