10 mars 2012

It's not a lupus


Le jour où j'ai eu envie de taper un rhumatologue. 

Mme D. a rejoint son mari en France il y a une dizaine d’années. Celui-ci l’accompagne d’ailleurs, car elle ne parle toujours pas vraiment français. Ils repartent au pays pour quelques mois à la fin de la semaine prochaine mais Madame va mal. Bon.

C’est le rhumatologue qui les envoie « tendinite de l’épaule ». Elle aurait fait un scanner aussi, ils me le ramèneront la prochaine fois.

Elle a chuté une quinzaine auparavant, s’est dézingué la cheville opposée, boite depuis et la chute lui a « scié les reins ». L’épaule en question n’a pas été touchée apparemment.

Mme décrit une douleur qui part de la région inter-scapulaire « mal, mal », qui descend dans TOUT le bras, jusqu’à la main « mal, mal, maaaaal ». Pour se finir vers un nodule douloureux dans la paume. Syndrôme douloureux régional complexe ? Dupuytren ? Névralgie ?

En tout cas, j’ai beau chercher la tendinopathie (comme ça qu’on dit maintenant), je tourne en rond. Elle a mal partout cette dame mais bizarrement rien de caractéristique à aucune pathologie que je ne connaisse.

Ouf, le scanner, voyons voir, avançons, ça devient vital. L5 ? Comment ça L5 ? Ouais, la dame elle a une lombo-sciatique avec, il est là pour ça le scan. Ça me fait une belle jambe – épaule (Haha). Raté.

Mon bilan est inutilisable, y a plein de choses mais rien de précis, de stable (d’une séance à l’autre, tout bouge), pas de cohérence entre les éléments, pas l’ombre d’un diagnostic kiné en tête. J’improvise une rééducation à l’aveugle. Je fais de mon mieux mais avec une base de travail aussi médiocre, je doute sérieusement de l’issue du traitement. Je traite surtout en symptomatique, comme je peux, mais ça revient à donner du doliprane pour une douleur d’appendicite. Ça fait un poil moins mal mais ça ne règle pas le problème.

La patiente fait ce qu’elle peut mais ne m’aide pas vraiment.
-         Quand je fais ça, vous avez mal ?
-         ‘n tit peu…
-         Et là ?
-         Mmmh…
-         Là ?
-         Tit peu tit peu…

Arrêt sur image, j’ai trouvé le problème, c’est une hémitotalgie gauche ou chauderie hémicorporelle gauche. Merci à Jaddo pour le diagnostic, maintenant, je vais devoir faire au moins semblant de savoir exactement ce que je fais « oui, oui, ça devrait s’améliorer ». Hum, croisons les doigts.

A la cinquième séance avec ‘n tit peu de progrès quand même – je crois qu’elle disait ça pour me faire plaisir, la sentence tombe.

Ce jour là, Mme est dans un bon jour et me fait comprendre que la douleur, elle ne vient que de ce côté là, si si – t’as pas encore compris bourrique de kiné, quand c’est dans la main, c’est que sur deux doigts, oui juste l’annulaire et l’auriculaire.

Signe de compression du nerf ulnaire.

Bordel.

Qu’est-ce que ça fout là ?

Bordel.

5 séances de perdues à essayer de traiter une pathologie identifiée (« tendinite ») non identifiable pour découvrir finalement un probable diagnostic complètement, totalement différent sans réél signe clinique jusqu’à présent.
Avec forcément un traitement à revoir dans son ensemble.
5 séances de perdues. 5 séances où j’ai cherché en vain des traces du diagnostic médical posé ou du profil clinique d’un autre problème sans résultat, signes neuro compris.

Pourquoi le rhumatologue a-t-il conclu à une tendinopathie en l’absence de signes cliniques francs ? Les signes neurologiques étaient-ils déjà présents lors de la consultation ?

Et s’il avait simplement baissé les bras ?
Et s’il en avait juste eu marre d’arriver au troisième motif d’une seule consult (La sciatique avec le scanner, l’instabilité de cheville à bilanter et puis ah oui, l’épaule !) ?
Et s’il en avait juste eu marre de se démener pour comprendre l’incompréhensible – la patiente hémitotalgique a de toute façon toujours mal sauf quand justement il faut.

Et s’il en avait juste eu marre, et qu’il avait dit :
« Mal à l’épaule + travail manuel = tendinite »
« bon, pour l’épaule, vous allez voir un kiné, ça devrait vous faire du bien ».
Ma très chère amie la patate chaude.
« Je suis m’occupe déjà du dos et de la cheville »
« Allez zou, le kiné il lui trouvera bien un petit truc ».
Ouais même que moi, je fais l’imposition des mains. Qui ne marche qu’en l’absence de vraie pathologie mécanique. Forcément.

Lui, il a pu l’oublier aussi sec cette dame en se disant que j’allais me démerder justement. Moi j’ai failli chialer en voyant les 15 séances prescrites sur un diagnostic erroné. Plus de 7 heures de soin. A l’aveugle. Dans un contexte difficile. Sans être aidée le moins du monde par une ordonnance censée servir de transmission inter-professionnelle avant d’être le sésame qui me permet de travailler. Il est clair qu’écrire « Mal à l’épaule, pas réussi à savoir ce qui se passe, démerdez vous » aurait entaché sa crédibilité. Je crois que j’aurais préféré cela dit.
Parce que m’envoyer une patiente en lui disant « c’est juste une petite tendinite, le kiné va vous régler ça vite fait », c’est vache. Lui passe pour un héros et c’est moi la bouse qui patauge après pour avancer.

Cher ami, ensemble, nous avons fait de la médecine de merde.
Bingo.

Heureusement, ça n’aura duré que 5 séances. 
Et que depuis, j'ai trouvé un super rhumato avec qui on fait du bon boulot. 

1 commentaire:

Biche a dit…

Tu veux un coup de main? J’attrape les battes de base-ball?
C'est le commun de ce que l'on vit en libéral malheureusement, car nous ne sommes pas habilité au diagnostic médical, mais cela nous faciliterait franchement la vie d'en avoir un.
Tu verras, à l’hôpital, on a la chance d'en avoir un!

Signé: ta consœur anonyme préférée

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