17 février 2012

Le verre à moitié vide


Une banale histoire où tout n'est que question de point de vue. 

Noël est un de mes patients réguliers. Très régulier, le genre ad vitam aeternam. Et heureusement, entre nous le courant passe. Parce qu’à raison d’une heure trente par semaine, mieux vaut qu’on se supporte. Sinon je ne suis pas sûre d’être capable de faire du vraiment bon travail.

Noël approche les 90 printemps dont 20 sous l’étiquette de bronchiteux chronique. Une BPCO. Broncho-Pneumopathie Chronique Obstructive. Chronique. La tuile.
Détérioration lente, progressive et inévitable de la fonction pulmonaire.
Bon à jeter ?

Le but du masseur-kinésithérapeute dans ce type de cas n’est pas celui qu’on croit. Aider au désencombrement si nécessaire oui, mais ce n’est pas la priorité n°1. Avant tout, il faut bosser sur l’auto-prise en charge. Un patient qui comprend sa maladie et le pourquoi de ses traitements, c’est déjà la moitié du boulot de fait. S’il prend bien ses aérosols et qu’en plus il les fait suivre d’un bon auto-drainage alors là, chapeau. Et s’il a compris l’IMMENSE intérêt d’un exercice physique quotidien et bien c’est que votre kiné est un pro. A partir de là, le boulot restant va plus être du contrôle de ce qu’il fait au quotidien, discussion, évaluation, adaptation… Et si jamais il se noie dans ses sécrétions, alors oui, j’aide au drainage.

Bon à jeter ?
Oui parce que 20 ans de BPCO, ça laisse des traces. Noël est a minimum 4 sur 5 à l’échelle de dyspnée de Sadoul. En clair, il a du mal a respirer et se fatigue même à la marche lente.

Bon à jeter ?
Moi Noël, il me plaît, il en veut, toujours, tout le temps, il n’arrête jamais. Il tond sa pelouse, taille ses haies, va chercher le pain tous les jours, marche une heure ou deux quand il fait beau. Essoufflé, certes, mais il gère. Il m’impressionne. La moitié de mes patients du même âge moins malades n’en font pas autant.

Alors non, pour moi, Noël n’est pas à jeter. Au contraire. Il s’auto-conserve grâce à son caractère, qu’il continue, je ne vais pas l’en blâmer. Je vais le guider pour optimiser tout ça  et il va recommencer à galoper d’ici peu.
Moi j’y crois, Noël c’est mon champion à nous deux, on va faire du bon boulot.

Noël fait partie de ces patients qui me tirent en avant. Il est en demande et ça me pousse à m’investir d’autant plus. Et plus je suis investie, en général, meilleurs sont les résultats.

J’ai appelé le service spécialisé qui le suit. Aller plus loin, bien le connaître sur le plan physio, les détails de SA BPCO et peut-être qui sait discuter pour mettre en place la meilleure des stratégies. Permettre à Noël d’optimiser au top ses capacités pour vivre au mieux le plus longtemps possible. Encore un challenge qui efface les petites contrariétés du quotidien.

Ah oui, Noël.
C’est bien ce que vous faites avec lui
C’est un cas grave hein, très grave.
De toute façon, hein…

A l’hôpital, il est le pire de tous. Le plus mal en point. Celui pour qui ils sont en impasse thérapeutique. Celui qui est mourant. Même si c’est depuis quelques années maintenant. Chez moi, c’est le seul. Donc au choix, pire ou meilleur, on a décidé tous les deux, Noël sera mon meilleur. 

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