16 février 2012

Histoire de bronchiolite


Histoire de bronchiolite n°1 : Réaliser une auscultation utile

Mon plus grand fantasme professionnel.

    Mattéo 9 mois arrive, 6ème bronchiolite (déjà j’aime moyen, mais on en reparlera).Il écarquille les yeux dans le hall d’entrée du cabinet, plisse les yeux, ouvre la bouche et se met à hurler. Bon. Bisous hein, on se voit plutôt demain, je viens de passer 10 heures à bosser, je suis crevée, je voudrais rentrer avec mes oreilles, Mattéo merci pas ce soir.

Crédit temps : 20 minutes

    Evidemment, ça ne se passe pas comme ça. Je connais Mattéo, j’ai pris un peu de marge. Maman enlève le manteau, le sur-pull, le pull, les deux sous-pulls et garde son môme dans les bras le temps qu’on discute de comment il va, le môme en question.

Crédit temps :13 minutes

    Mattéo se calme, regarde le mur alors, ni vu ni connu, je m’approche avec mon stétho. Il reste à Mattéo son Tshirt et le body, mais qu’importe, je suis une aventurière, j’essaie. Évidemment, j’entends plein de trucs, avec le nez tout crado qu’il a, on pouvait s’en douter. Manque de pot, quand le nez qui joue les moteurs de ferrari, moi, je suis incapable de distinguer dans tout ce barouf ce qui est pulmonaire de ce qui ne l’est pas. Bon, de toute façon, Mattéo a du sentir ma présence, il a tourné un œil, il hurle. Bingo.

    Le Tshirt a été enlevé, le body dégrafé, j’inspecte le thorax. La fréquence respiratoire et cardiaque, avec Mattéo m’embêtent systématiquement. Je n’ai rien fait, il est déjà rouge de colère, tachycarde et polypnéique. Quid de la bronchiolite et/ou de la colère ? Mystère.
Quelle urgence alors ?

    Dois-je préciser l'intérêt d'une tentative d'auscultation à ce stade ? J'essaie parfois mais c'est rarement concluant, les pleurs, tout ça, d'où l'essai systématique avant déshabillage complet.

    Le nez m’empêche d’entendre clairement ? Qu’à cela ne tienne, suffit de le moucher Mattéo. Avec un peu de chance et si la pêche est bonne, j’aurais moins de parasites sur la ligne.
Oui mais non. Vous croyez vraiment qu’après avoir reçue une giclette d’eau salée dans chaque narine de la part d’une parfaite inconnue Mattéo va se laisser ausculter tout sourire ? Quel optimisme…

   Non, Mattéo respire à peine tellement il hurle de colère, Maman lâche une larmichette – Mon enfant souffre, aidez-le. Il pleure avec des grosses larmes de crocodiles. 12 secondes 8, le nez est de nouveau plein .Comme dans mission impossible, la fenêtre de tir est passée, encore une fois, je n’aurai pas d’auscultation claire à renseigner dans le dossier de Mattéo.

Crédit temps : 9 minutes

    Il me reste, le désencombrement des voies aériennes inférieures, le temps de retour au calme – pour essayer d’écouter après pour voir si ce que je n’ai pas entendu avant au stétho aurait par hasard diminué – et le rhabillage. Un deuxième mouchage. Si j’étais kamikaze.

Crédit temps : Prépare les excuses pour le prochain, ma fille, tu es en retard.

    Heureusement que les ronchi sont perceptibles à la main et que les sibilants couvrent le bruit du frottement sur le Tshirt, les pleurs et les ronrons du nez. Heureusement que les signes cliniques sont généralement – y en a toujours un pour être à côté – corrélés à l’encombrement.
Les manœuvres « test » me permettent également de préciser ce bilan et l’intérêt de prolonger la séance, si je n’avais qu’un stétho, je ne m’en sortirais pas je crois.

Sinon, j’adore la kinésithérapie respiratoire pédiatrique. Vraiment.


PS : Par souci de respect du secret médical, tous les noms, prénoms, lieux et circonstances seront bien évidemment modifiés. Impossible donc de se reconnaître clairement dans une situation donnée. 

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